Blog de réflexions, notes, recherches et inspiration...
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Archive de la catégorie 'réflexions'.


fil conducteur

Il ne faut pas lâcher la ligne. Dés que j’oublie le fil, l’opération se délite, les formes se détachent du fond comme des iceberg sur la banquise. Pour ce projet, j’essaye de mettre en place un vocabulaire de formes renvoyant à des sentiments, des sensations ; les épines évoquent la violence pointue et chaotique ; les cubes, la raison et la rigueur, l’ordre ; etc… J’ai hésité un moment à utiliser les formes pour évoquer plutôt des objets et renvoyer à quelque chose de plus figuratif, mais j’ai changé d’avis… enfin l’un n’exclut pas l’autre et l’important reste la sensation générale éprouvée par le spectateur devant chaque mandala*. Chacun d’entre eux correspond à l’un des navigateurs et au faisceau de sensations que je les suppose avoir ressenti ou que j’ai ressenti moi-même face à leurs histoires.

Ce devaient être des sculptures en papier posées sur des demies-sphères de papier découpé (j’ai momentanément renoncé à ce format pour des raisons pratiques – des problèmes de fragilité notamment) mais ce sont devenus des tableaux circulaires d’une épaisseur plus réduite mais plus grande en surface (comme si on avait aplati la sphère et qu’en s’aplatissant elle s’était élargie). Depuis longtemps, je travaille le cercle sans vraiment savoir pourquoi. Je n’ai jamais cherché à analyser cette forme ; je crois que c’est pour moi l’expression la plus juste de l’introspection et de la solitude, du repli sur soi et en même temps de l’ouverture au monde, la sphère a toujours un centre qui rejette la matière sur les périphéries…

J’ai très hâte de voir se projet se constituer plus clairement. Il suscite en moi beaucoup de doutes. La longueur de sa genèse et la lenteur de sa réalisation contribuent à semer du doute. C’est pourquoi dés que je laisse du désordre entrer dans ma pensée, l’ensemble me paraît vidé de son contenu ; un peu comme à force de prononcer un mot, on perd son orthographe et parfois même son sens…

* le terme mandala est inapproprié car il s’agit d’une pratique très particulière à but spirituel. Il y a un peu de cela dans ce projet, mais il y manque 1. L’éphémere du mandala (détruit dés que terminé) 2. La symétrie. En revanche, il y a de la méditation dans leur réalisation, du symbolique et du spirituel dans leur contemplation.

le littoral

« La sirène morte, le pêcheur disparu, dangers et indigènes écartés, ou, symboliquement, rivage sans monstres ni sauvages, la plage (…) est bel et bien (…) : un théâtre vide, désormais réservé à d’autres activités, d’autres jeux – à l’exercice d’un simulacre collectif de réenchantement du monde ordinairement nommé « les vacances au bord de la mer ». Jean-Didier Urbain, Sur la plage, payot, 1994

« les vacances au bord de la mer » ; ça ne m’a jamais gênée que ce soit un simulacre – l’espace étrange et détaché du reste où l’on arrive dépouillé de ses habits, de sa classe sociale, de son quotidien et où l’on se livre à des actes et des rythmes qui ne ressemblent à rien et ne peuvent exister qu’ici sur la plage, face à la mer, dans une espèce de torpeur tranquille. Dés qu’on s’allonge sur le sable, au cœur de l’été, quand la plage est bondée, une bulle, instantanément, se forme, magma informe de sons et d’odeurs, de sensations qui n’appartiennent qu’à cet espace, qu’on ne supporterait nulle part ailleurs ; cris d’enfants, parfums entêtants de crème solaire, crissement du sable infiltrés au cœur des pages du livre, sommeil insidieux qui ne s’installe pas vraiment. Au dessus de son bras replié, on regarde le spectacle de la plage d’un œil amusé et distant, ignorant qu’il suffit de se redresser pour faire, soi aussi, partie du spectacle. On sent l’odeur douçâtre de sa peau et l’on regarde l’enfant qui hésite à sauter dans les vagues, le grand-père qui gonfle une bouée, le sportif qui s’adonne aux jeux de plage, la jeune fille qui minaude, le garçon qui minaude aussi, les marcheurs inlassables qui arpentent le bord de l’eau, les chevilles léchées par les vagues, les pieds s’enfonçant dans le sol instable. On regarde et l’on entend mille éclats de sons fragmentés qui ne correspondent pas à ce que l’on voit, comme si l’œil et l’oreille appartenaient soudain à deux espaces différents sans que cela ni ne nous gène ni ne nous étonne.

Un bel Après-Minuit - IV - Les grandes vacances, iii © Agnès Cappadoro

définitions pour un regard cartographique

Dans le cadre de mes recherches pour le « projet Crowhurst », je reviens encore une fois à la cartographie.
Mes neuf humains flottant sont des points sur une carte, mouvants, flottants. De points, ils deviennent parcours, puis traces, sillages et finissent par se diluer dans la carte comme des vaisseaux fantômes. Associés à des villes de départ et parfois d’arrivée puis à des latitudes et des longitudes… Ils sont d’abord ces points fixes sur lesquels je prend appui, puis ils se désolidarisent du socle…

« La carte, c’est le simulacre du voyageur absolu »
Louis Marin
« Les Voies de la carte », Cartes et figures de la terre,
Paris, Centre Georges Pompidou, 1980.

carte :
- représentation d’un espace géographique /
- rend compte de l’étendue de cet espace /
- de sa localisation relativement aux espaces contigus /
- de sa configuration, sa nature, ses caractéristiques /
- met en jeu les notions d’échelle et de relativité.
- peut être de types multiples ( routière :: cadastre :: marine :: topographique :: historique :: géologique :: politique :: météorologique :: PLU & POS :: prévention des risques…)
- peut-être objet visuel et/ou littéraire, support d’imagination (tendre :: trésor :: utopie…)
- réelle/fausse

Dans cette histoire, il y a une impossibilité ; celle d’embrasser en un seul regard les tenants et les aboutissants de cette histoire. Aucun des neufs hommes ne croise jamais l’autre et pourtant ils partagent quelque chose d’un lien dont nous sentons la force sans pouvoir en saisir la nature. Et ce lien n’est pas le seul amour de la mer, de la compétition ou de l’argent. Cela va au-delà de la navigation et de ses à-cotés. Pourtant, c’est un peu que je souhaite faire -> rendre tangible ce lien invisible et indicible et le donner à ressentir en une seule et saisissante fois. En un seul regard, neuf histoires concentrées. La carte permet cette vision scopique, cette approche par le haut. Les neufs modules seront à la fois dans le plat et dans le volume, visible d’en haut comme objets immersifs…