définitions pour un regard cartographique

Dans le cadre de mes recherches pour le « projet Crowhurst », je reviens encore une fois à la cartographie.
Mes neuf humains flottant sont des points sur une carte, mouvants, flottants. De points, ils deviennent parcours, puis traces, sillages et finissent par se diluer dans la carte comme des vaisseaux fantômes. Associés à des villes de départ et parfois d’arrivée puis à des latitudes et des longitudes… Ils sont d’abord ces points fixes sur lesquels je prend appui, puis ils se désolidarisent du socle…

« La carte, c’est le simulacre du voyageur absolu »
Louis Marin
« Les Voies de la carte », Cartes et figures de la terre,
Paris, Centre Georges Pompidou, 1980.

carte :
- représentation d’un espace géographique /
- rend compte de l’étendue de cet espace /
- de sa localisation relativement aux espaces contigus /
- de sa configuration, sa nature, ses caractéristiques /
- met en jeu les notions d’échelle et de relativité.
- peut être de types multiples ( routière :: cadastre :: marine :: topographique :: historique :: géologique :: politique :: météorologique :: PLU & POS :: prévention des risques…)
- peut-être objet visuel et/ou littéraire, support d’imagination (tendre :: trésor :: utopie…)
- réelle/fausse

Dans cette histoire, il y a une impossibilité ; celle d’embrasser en un seul regard les tenants et les aboutissants de cette histoire. Aucun des neufs hommes ne croise jamais l’autre et pourtant ils partagent quelque chose d’un lien dont nous sentons la force sans pouvoir en saisir la nature. Et ce lien n’est pas le seul amour de la mer, de la compétition ou de l’argent. Cela va au-delà de la navigation et de ses à-cotés. Pourtant, c’est un peu que je souhaite faire -> rendre tangible ce lien invisible et indicible et le donner à ressentir en une seule et saisissante fois. En un seul regard, neuf histoires concentrées. La carte permet cette vision scopique, cette approche par le haut. Les neufs modules seront à la fois dans le plat et dans le volume, visible d’en haut comme objets immersifs…

Projet Crowhurst « Histoire(s) »

Comme je le disais, le « Projet Crowhurst » s’appuie sur des faits réels.

En 1968, neuf hommes se lancent dans une course autour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance par les trois caps. C’est la Sunday Times Golden Globe Race.
Les concurrents pouvaient partir au moment de leur choix entre le 1er juin et le 31 octobre 1968 et devaient effectuer le tour du Pôle Sud. Cette première course fut un cuisant échec.

Sur les neuf concurrents, quatre ont abandonné avant d’avoir quitté l’Atlantique ; Sur les cinq restants, Chay Blyth passa le cap de Bonne espérance avant d’abandonner, Nigel Tetley fut à quelques miles de gagner la course, croyant être dépassé par Donald Crowhurst, ce qui le contraignit à pousser son bateau au delà de ses capacités et le fit naufrager, Donald Crowhurst, donné pour gagnant après avoir fabriqué un parcours de toutes pièces, se suicida, Bernard Moitessier fit le choix radical de ne pas revenir et recommenca son tour du monde une seconde fois et enfin, Knox-Johnston finit la course et la gagna, seul des concurrents à finir officiellement la course.

L’histoire tragique de cette course marqua suffisamment les esprits pour qu’on en abandonne l’organisation. Il fallut attendre 13 ans avant que le Vendée-Globe ne naisse de cette première et désastreuse expérience. Cette course qui n’a lieu que tous les quatre ans a désormais un succès retentissant.

Bien que cette histoire ait été relayée par des films, l’œuvre d’une plasticienne, des ouvrages et des documentaires journalistiques, elle est peu connue en France. Quand j’ai découvert son existence en voyant le film de Jean Chalonge (qui la romance) « les quarantièmes rugissants », j’ai été immédiatement saisie par l’ironie et le tragique qui s’en dégage.
Cette histoire dit des humanités si extrêmes qu’elle semble recouvrir une forme de magie. Il y a du tragique dans cette histoire, et du tragique sacré. L’homme est dérisoire hors de son milieu.

Projet Crowhurst

Bonne rentrée !

Pour ce qui me concerne, je reprend les négociations.
Voilà à peu près un an que je réfléchis à un projet dont les contours se dessinent de plus en plus clairement.
c’est la première fois que je pars d’un fait réel. D’habitude, je pars plutôt d’un fait autobiographique, d’un ressenti, d’un texte écrit quelques mois auparavant, d’une intuition, d’un thème, d’une forme… Ici – et pour la première et effrayante fois – je veux m’emparer d’une histoire vraie. Que dis-je ? de neuf histoires vraies… neuf humanités qui font un petit tout d’imaginaire opaque.

J’ai commencé à faire quelques croquis de neufs modules/maquettes/sculptures pour la réalisation d’une installation.
Tout cela est encore un peu obscur… Mais je sens que le mettre par écrit, montrer les esquisses, tout cela va me pousser à concrétiser cette intuition.

Quelques croquis et esquisses autour de mon projet…