la vérité
« le cinéma c’est 24 fois la vérité par seconde ».
Jean-Luc Godard
Blog de réflexions, notes, recherches et inspiration...
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« le cinéma c’est 24 fois la vérité par seconde ».
Jean-Luc Godard
« Personne ne sait ce qu’il se passe aujourd’hui parce que personne ne veut qu’il se passe quelque chose.
En réalité on ne sait jamais ce qui se passe on sait simplement ce qu’on veut qu’il se passe.
C’est comme ça que les choses arrivent.
En 17, Lénine et ses camarades ne disaient pas nous allons faire la révolution parce que nous voulons la révolution.
Ils disaient toutes les conditions de la révolution sont réunies la révolution est inéluctable. Ils ont fait la révolution qui n’aurait jamais eu lieu s’ils ne l’avaient pas faite et qu’ils n’auraient pas faite s’ils n’avaient pas pensé qu’elle était inéluctable uniquement parce qu’ils la voulaient.
Chaque fois que quelque chose a bougé dans ce monde ça a toujours été pour le pire.
Voila pourquoi personne ne bouge, personne n’ose provoquer l’avenir.
Faudrait être fou pour provoquer l’avenir.
Faudrait être fou pour risquer de provoquer un nouveau 19, un nouveau 14, un nouveau 37…- Alors il ne se passera jamais plus rien.
- Si parce qu’il y aura toujours des fous, et des cons pour les suivre et des sages pour ne rien faire… »
Extrait de Get Misunderstood dit par Jean-Pierre Léaud, lui-même extrait du film « Liberté, la nuit » de Philippe Garrel.
« Cette (…) plage est un lieu où l’on ne va ni pour découvrir un monde ni pour retrouver le sien, qu’il soit présent ou passé, moderne ou traditionnel. D’ailleurs, indice significatif, habillé ou dévêtu, ici l’on adopte un costume qui n’est ni de ville ni de l’autochtone – même s’il fut un temps de transition où l’on adopta le dit « costume marin ». cette plage est donc un lieu clos, théâtre d’une étrange quête que ne guide ni un projet de découverte de l’Autre ni un désir de reconquête de quelconques racines identitaires. Ni dépaysement, ni repaysement. Ce monde se situe en marge de ces deux démarches complémentaires que sont la décentration et le ressourcement culturels. En fait espace de simulation totalement décontextualisé, ce monde est un monde en soi et pour soi, psychologiquement une île, un huis clos : un monde indifférent au monde ». Jean-Didier Urbain, Sur la plage, Payot, 1994
* l’expression « la scène plagique » est de Jean-Didier Urbain.
« La sirène morte, le pêcheur disparu, dangers et indigènes écartés, ou, symboliquement, rivage sans monstres ni sauvages, la plage (…) est bel et bien (…) : un théâtre vide, désormais réservé à d’autres activités, d’autres jeux – à l’exercice d’un simulacre collectif de réenchantement du monde ordinairement nommé « les vacances au bord de la mer ». Jean-Didier Urbain, Sur la plage, payot, 1994
« les vacances au bord de la mer » ; ça ne m’a jamais gênée que ce soit un simulacre – l’espace étrange et détaché du reste où l’on arrive dépouillé de ses habits, de sa classe sociale, de son quotidien et où l’on se livre à des actes et des rythmes qui ne ressemblent à rien et ne peuvent exister qu’ici sur la plage, face à la mer, dans une espèce de torpeur tranquille. Dés qu’on s’allonge sur le sable, au cœur de l’été, quand la plage est bondée, une bulle, instantanément, se forme, magma informe de sons et d’odeurs, de sensations qui n’appartiennent qu’à cet espace, qu’on ne supporterait nulle part ailleurs ; cris d’enfants, parfums entêtants de crème solaire, crissement du sable infiltrés au cœur des pages du livre, sommeil insidieux qui ne s’installe pas vraiment. Au dessus de son bras replié, on regarde le spectacle de la plage d’un œil amusé et distant, ignorant qu’il suffit de se redresser pour faire, soi aussi, partie du spectacle. On sent l’odeur douçâtre de sa peau et l’on regarde l’enfant qui hésite à sauter dans les vagues, le grand-père qui gonfle une bouée, le sportif qui s’adonne aux jeux de plage, la jeune fille qui minaude, le garçon qui minaude aussi, les marcheurs inlassables qui arpentent le bord de l’eau, les chevilles léchées par les vagues, les pieds s’enfonçant dans le sol instable. On regarde et l’on entend mille éclats de sons fragmentés qui ne correspondent pas à ce que l’on voit, comme si l’œil et l’oreille appartenaient soudain à deux espaces différents sans que cela ni ne nous gène ni ne nous étonne.
« Le fait que dans certains films, il faille autant de travail (images captées par la caméra, retravaillées sur ordinateur et numérisées, modélisation partielle et habillage, inclusion de scènes, brocilage de différentes techniques de reproduction) pour arriver à une scène paysagée que, pense-t-on, on pourrait voir naturellement sans tout cet attirail… est révélateur du travail que nous faisons sans le savoir quand nous « voyons » un paysage. » Anne CAUQUELIN, L’invention du paysage, PUF, 2000, p.8.
Construire un paysage, c’est du travail de reconstruction, d’extraction de matière, de déplacement de matière, d’export et d’import de matière, de transplantation de concepts. C’est un décollage et un recollage permanent. Transcrire un paysage, c’est restituer le regard dans le cadre. C’est décider de circonscrire et de mettre l’accent sur un carré, un rectangle, une forme déterminée.
C’est, pour moi, délimiter une zone de non-agression. On ne peut y entrer et en sortir qu’en état de bienveillance…
« On est en train de nous fabriquer un espace littéraire, autant qu’un espace judiciaire, un espace économique, politique, complètement réactionnaires, préfabriqués, écrasants. »
Gilles Deleuze - Pourparlers – 1972-1990 (Entretien sur Mille-Plateaux, Libération 1980)…
Comme c’est encore et toujours et tellement encore vrai…