Blog de réflexions, notes, recherches et inspiration...
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Archive de la catégorie 'chronotes'.


temporalités

Il faut se rendre à l’évidence, je n’ai qu’une vie. En tout cas, je n’en vois présentement qu’une seule et c’est bien embêtant…Comment faire rentrer dans cette étroite temporalité une activité de graphiste, une pratique de plasticienne et celle de présidente d’association (en cours de création, mais du coup les choses sont bien lentes à se mettre en place… et puis c’est moins la présidence que ce qu’elle suppose de travail supplémentaire et d’engagement…). Si on ajoute à cela, le blog, la vie, les œuvres, on se retrouve vite pleine de notes d’intention sans possibilité de transformer l’essai…  Pourtant rien à faire, il faut tout faire. Je ne supporte pas de voir une porte se fermer. Il y a les pragmatiques qui organisent et les inconscients qui labourent tous les sillons en même temps… Évidemment, on comprend vite qui avance mais je fais partie des seconds – c’est un fait. La vie est chronophage…

Paperolles… Suite… Encore… Toujours…

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Refait pour cause de destruction

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Photogrammes

J’aime beaucoup les photogrammes sous-titrés.
Ce 1/24 e de seconde suspendu, une phrase donnée pour une image, figée dans le temps et dans l’espace, cernée. C’est une bulle de fiction livrée en pature à l’imagination. Pas de réel avant, ni de réel après. On sait que l’image existe avec d’autres mais il ne nous en ai donnée qu’une seule pour se refaire le film. Je pense au travail de Mario Garcia Torres avec What happens in Halifax Stays in Halifax, notamment, mais aussi et surtout à des images captées sur un écran entrevu dans une vitrine et qui m’avait donné l’idée de monter Je sais quoi faire.

Mario Garcia Torres’ What Happens in Halifax Stays in Halifax (In 36 Slides), 2004-2006

Mario Garcia Torres’ What Happens in Halifax Stays in Halifax (In 36 Slides), 2004-2006

Je sais quoi faire... 2007 © agnès Cappadoro

Pour je sais quoi faire, j’ai extrait 3 photogrammes et j’ai remonté l’ensemble en séquence. Pour Untitled, sur quoi je suis aussi en train de travailler, je vais procéder un peu différemment. J’avais effectué des recadrages en format carré sur les « négatifs » originaux mais je vais les reprendre pour passer en 16/9 et je vais travailler à injecter des sous-titres provenant d’autres sources.

Recherches pour Untitled © Agnès Cappadoro

Recherches pour Untitled 2008-2010 © Agnès Cappadoro

Source : artintelligence

Les plis du réel

Entrer dans les « plis du réel »… J’avais écrit cette phrase il y a quelques mois, sans vraiment savoir ce qu’elle cachait, mais je vois aujourd’hui que j’avais déjà l’intuition du projet qui se profile à l’horizon…

Parallèlement aux recherches pour le projet Crowhurst – et toujours dans mon envie de « fictionner » – je réfléchis à des déplacements d’espaces, des glissements visuels qui laissent entrevoir leurs structures, qui jouent sur la juxtaposition des univers et créent des décalages et des questionnements sur les faits du réel ; décors dans le décor, paysages dans le paysage qui réinventent l’histoire…

J’ai trouvé sur le toujours passionnant blog d’Andrée-Anne Dupuis-Bourret les photos de Noémie Goudal. J’aime énormément la simplicité de moyens utilisés pour la réalisation de ces images qui, au final, possèdent une monumentalité et une poésie impressionnantes. Comme je suis obsédée par la forme du cercle, j’envisage d’utiliser le même procédé de collage d’images pour déplacer des morceaux d’univers d’un endroit à l’autre comme des  bulles d’espaces, en utilisant non plus l’image rectangulaire, mais ce qu’il en reste quand on la cadre dans un cercle.

Mon premier test va me faire transporter une scène d’intérieur dans la forêt toute proche. C’est encore la fin de l’été – comme mes tests vont être assez longs, je pense que je vais finaliser les images à l’automne, ce qui me semble tout à fait approprié. L’ambiance « frisquette » évoquée par les arbres qui se dénudent va créer un contraste interessant avec la scène d’intérieur. Peut-être que j’emporterais avec moi un objet de cette même scène ou approchant, une chaise, un drap… Je ne sais pas encore…

Comme titre (provisoire ?) je pense à « Bulles d’espaces »… ou « plis du réel » justement… à voir…

Croquis Bulles d'espaces © Agnès Cappadoro

Croquis Bulles d'espaces © Agnès Cappadoro

Outrenoir

Soulages.

Dans des salles d’un blanc immaculé, les tableaux de la première période ; géométrie, formes et matières. Il y affleure toujours un bout du support d’origine, toile, papier ou bois. C’est ce morceau restant, ce résistant, qui m’émeut le plus.

Dans les périodes suivantes, la peinture s’épaissit, s’élargit, le noir occupe tout l’espace en largeur, en hauteur, en profondeur. La toile disparait complètement. La taille des toiles augmente aussi, ce qui fait qu’on est de plus en plus absorbé par la couleur. Dans une salle entièrement noire, trois tableaux noirs. Trois visions d’un noir profond. L’accrochage de cables fait flotter les toiles.
A partir de cette salle, les tableaux se sont détachés du mur. Ils flottent, parfois dos à dos et alors, on tourne autour, comme des satellites autour de trous noirs. Il y a un vrai plaisir à marcher le long de la toile en arpenteur et laisser l’oeil glisser le long des reflets changeants de ce noir toujours plus intense, plus ou moins coloré, plus ou moins mat ou brillant, plus ou moins lisse ou strié. A certains endroits, l’œil capte une boursouflure, un éclat, une bulle, une imperfection. L’émotion va se nicher dans ce détail…

La peinture de Soulage supporte mal la reproduction ; imprimée elle est objet graphique, réelle elle est objet sensuel. On voudrait la toucher, la manger, l’expérimenter physiquement d’encore plus près.

De temps en temps sur le mur, une phrase de l’artiste et l’une d’entre elles qui répond à la question « pourquoi le noir (…) Parce que ».

SOULAGES – Centre Georges Pompidou – du 14 octobre 2009 au 8 mars 2010.

SOURCES Ministère de la culture, L’express

Retrouver Jim McHugh

Il y a des mois de ça, j’ai passé une après-midi au cinéma, une soirée au restaurant, une petite de promenade dans la nuit chaude de l’été. Quelque part entre la rue du bac et la rue de Verneuil, j’ai vu une photographie en vitrine. C’était la devanture d’une agence immobilière. En vitrine et sur les murs à l’interieur (plus faiblement éclairés) j’ai vu les photographies de facades dans le crépuscule, avec des écritures au néon, à l’américaine. Une mabiance de cinéma, avec beaucoup de grain et de profondeur. Toute une histoire en un cadrage unique. Les images m’ont paru belles et je ne voyais pas le nom de l’auteur. Par négligence, ou par excès de confiance en ma mémoire (qui me fait pourtant si souvent défaut) je n’ai noté ni l’adresse, ni les coordonnées de l’agence. Quelques jours après, j’ai voulu retrouver ces images, mais je n’arrivais plus à me souvenir de rien… J’ai épluché les photographies de facades de GoogleMaps (un outil redoutable à bien des égards), rassemblé les (trop) nombreuses adresses des agences immobilières du quartier, puis, après quelques heures tout de même, dépitée, j’ai abandonné.

Quelques mois plus tard, je suis retournée dans ce quartier. C’était la nuit de nouveau et cette fois il faisait froid. Après avoir un peu tourné en rond, j’ai retrouvé la vitrine… Sans les photos… qui avaient été remplacées par d’autres… J’ai noté l’adresse et je suis repartie. Quelques jours plus tard, j’ai tapé cette adresse sur internet, trouvé un site, enregistré un favori. On m’a appelée. j’ai fait autre chose. Mais je me souvenais de ces images. Elles habitaient quelque part en moi, associées au souvenir d’une bonne journée et à la chaleur de l’été.

Aujourd’hui, complètement par hasard, effectuant quelques recherches sur internet, je tombe sur ce favori, qui me mène encore plus par hasard sur un blog, qui me fait prendre conscience que peut-être, je peux retrouver ces images perdues… Je plonge de plus en plus profondément dans les archives et je finis par les y trouver, là, bien semblables à mon souvenir, crépusculaires, d’une couleur passée – profonde et fascinante – avec ce grain spécifique, cette texture argentique, ce velouté bien particulier…

L’auteur de ces images désirées, c’est Jim Mc Hugh. Et en voici quelques-unes…

Jim McHugh, Orpheum theater, Mixed media archival pigment print
46 x 38 inches

Jim McHugh, Las Palmas Apts., 2009

Sources : Jim McHugh, transacmer

raconte-moi une histoire…

D’où me vient ce désir de raconter des histoires ? Et d’où me vient l’empêchement ?

Dans ma pratique de plasticienne, mais c’est également parfois vrai dans ma pratique de graphiste, je suis toujours tentée de vouloir raconter des histoires. J’ai même axé une grande partie de mon travail sur la fiction. Mais finalement, je ne suis pas très à l’aise avec cette notion. A cheval sur le littéraire, le poétique, le visuel, je ne sais pas toujours quel médium doit avoir le primat sur l’autre ni  s’il est nécéssaire que ce primat existe. Je me dis que si je veux raconter une histoire, il faut que je sache où je veux en venir, et à dire vrai… je n’en sais strictement rien.
Je n’ai pas de message à faire passer.
Pas de posture ou d’attitude à prendre.
Pas la conscience d’un regard plus intéressant que celui de mon voisin.
Alors quoi ? On fait quoi d’un désir d’histoire quand celui-ci ne s’incarne dans rien ?

J’ai toujours grand plaisir à faire naitre des histoires en accolant deux termes bout à bout… Une photo et un mot… Une photo et une autre photo. J’ai toujours l’impression qu’il se passe quelque chose dans ce collage arbitraire. Mais ça ne fait pas oeuvre ça…! Et s’il m’arrive de le croire on se charge de bien me faire prendre conscience du contraire. Je ne peux pas en vouloir à ceux qui me mettent en garde, moi-même je ne suis pas toujours convaincue…

Ce dont je suis convaincue, c’est que le temps travaille pour moi. Le temps fait un sacré travail.Et si je ne suis pas totalement passive, si je me documente, si je travaille, si je m’agite, c’est parce que cet allié précieux travaille à mes cotés. Je me dis qu’il saura dégager les trames, les lignes de force et qu’un jour, sans même que j’aie à m’en préoccuper, un dessein apparaitra de ce dessin désordonné.

Nouveau blog chronote

paperolles © agnes cappadoro
Agnès Cappadoro, Un port, Paperolles, papier et colle, 2009

Après deux ans d’abandon, je reprend le blog chronotes.
Avec un réel désir d’écrire et de mettre à plat tout ce qui m’habite et m’agite en matière de création.
Graphiste et plasticienne, je suis sans arrêt confrontée à des mouvements , des allers et venues, des ressacs, des retours, des trous ; tout un paysage d’éléments épars qui surgissent, s’installent, repartent et alimentent mes créations quelles qu’elles soient… C’est un spectacle permanent que ce ballet interminable d’influences, de réflexions, de productions. Mais à force d’en être spectatrice, il m’arrive de perdre le fil. Dans le feu de l’action, tout ce qui alimente le feu finit par se consumer, et je ne sais plus toujours très bien comment j’en suis arrivée là où je suis et comment je me suis à ce point éloignée de mon point de départ…

C’est pour garder trace et mémoire de ce parcours que je reprend ce blog.