Paperolles… Suite… Encore… Toujours…

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la vérité

« le cinéma c’est 24 fois la vérité par seconde ».
Jean-Luc Godard

Exposition à la vitrine – Arles

Vue d'exposition - Oniropolis, galerie la Vitrine - Arles - 2010

Vue d'exposition - Oniropolis, galerie la Vitrine - Arles - 2010

Vue d'exposition - Oniropolis, galerie la Vitrine - Arles - 2010

Vue d'exposition - Oniropolis, galerie la Vitrine - Arles - 2010

Vue d'exposition - Galerie la Vitrine - Arles - 2010

Vue d'exposition - Un Bel Après-Minuit, galerie la Vitrine - Arles - 2010

Vue d'exposition - Un Bel Après-Minuit, galerie la Vitrine - Arles - 2010

Vue d'exposition - Un Bel Après-Minuit, galerie la Vitrine - Arles - 2010

Vue d'exposition - Un Bel Après-Minuit, galerie la Vitrine - Arles - 2010

Vue d'exposition - Un Bel Après-Minuit, galerie la Vitrine - Arles - 2010

Get Misunderstood

« Personne ne sait ce qu’il se passe aujourd’hui parce que personne ne veut qu’il se passe quelque chose.
En réalité on ne sait jamais ce qui se passe on sait simplement ce qu’on veut qu’il se passe.
C’est comme ça que les choses arrivent.
En 17, Lénine et ses camarades ne disaient pas nous allons faire la révolution parce que nous voulons la révolution.
Ils disaient toutes les conditions de la révolution sont réunies la révolution est inéluctable. Ils ont fait la révolution qui n’aurait jamais eu lieu s’ils ne l’avaient pas faite et qu’ils n’auraient pas faite s’ils n’avaient pas pensé qu’elle était inéluctable uniquement parce qu’ils la voulaient.
Chaque fois que quelque chose a bougé dans ce monde ça a toujours été pour le pire.
Voila pourquoi personne ne bouge, personne n’ose provoquer l’avenir.
Faudrait être fou pour provoquer l’avenir.
Faudrait être fou pour risquer de provoquer un nouveau 19, un nouveau 14, un nouveau 37…

- Alors il ne se passera jamais plus rien.

- Si parce qu’il y aura toujours des fous, et des cons pour les suivre et des sages pour ne rien faire… »

Extrait de Get Misunderstood dit par Jean-Pierre Léaud, lui-même extrait du film « Liberté, la nuit » de Philippe Garrel.

Robert Longo

Studio View - January

Vue de l'atelier de Robert Longo (source : site de l'artiste-voir lien plus bas)

Parmi les artistes que je trouve particulièrement inspirants sans que pour autant leur travail n’influence réellement le mien, se place Robert Longo.
J’ignore si c’est le sujet lui-même (l’explosion de la bombe atomique) et la charge émotionnelle qui habite ces images ou le traitement de l’image (d’une technicité impressionnante ; il ne s’agit pas de photographies mais de dessins) ou les deux à la fois (probablement les deux à la fois bien sûr) qui génère chez moi une admiration et une contemplation proche de la sidération.

Russian Bomb (Them)/Semipalatinsk

Untitled (Bikini Atoll/Abel, 1946)

Untitled (Ivy Mike)

Ayant repris mes recherches dans mes carnets de travail, je sais la patience qu’il faut pour le dessin au crayon. Le temps qu’il faut pour obtenir un beau gris qui ne bave pas et l’extrême attention portée à la génèse de l’image. C’est un travail méditatif que décrit bien la photographie de l’atelier ; La chaise d’atelier en vacance devant le grand format d’une vague hyperréaliste dessinée…

Studio View - April

Vue de l'atelier de Robert Longo (source : site de l'artiste-voir lien plus bas)

Installation View - The Sickness of Reason

Installation View - The Sickness of Reason 2004 Metro Pictures New York, NY

En plus de ces dessins éblouissants et sidérants, Robert Longo a également réalisé des copies d’œuvres qui l’ont inspiré tout au long de sa vie – en les transposant et en les traitant au crayon. Parmi celles-ci se trouvent notamment deux œuvres qui m’ont toujours également fascinée et sur lesquelles justement je travaille en ce moment (moment plus ou moins lâche et étiré dans le temps comme une guimauve fondue…) ; les panneaux (fermès) du jardin des délices et le Saturne de Goya.

Untitled (After H.B.)

Untitled (After H.B.) 2008 Graphite on paper 7-7/16 x 6-7/8 inches/18.9 x 17.5 cm

Untitled (After Goya, The Colossus or Panic)

Untitled (After Goya, The Colossus or Panic) 2008 Graphite on paper 6 x 4-5/8 inches/15.2 x 11.7 cm

Sources : robertlongo.com

Corinne Mercadier

Corinne Mercadier, Le huit envolé, 2006

Corinne Mercadier, la Suite d'Arles, saint-trophime, polaroïd, 2003

Corinne Mercadier, Longue distance, Années Lumière, 2007

Sources : Corinne Mercadier

Tacita Dean

J’ai découvert le travail de Tacita Dean à l’occasion des recherches sur le projet Crowhurst. Cette découverte m’a – un temps – découragée… Comme souvent quand on découvre que quelqu’un est passé avant (et c’est toujours le cas), on se dit « à quoi bon ? » avant de se rendre compte qu’il n’y a plus différent d’un regard qu’un autre regard et que la somme de tous ces regards est d’une richesse infinie.

Tacita Dean a travaillé sur Donald Crowhurst. Elle est allée sur l’épave du Teignouth Electron à Caiman Brac dans les îles Caiman et en est revenue avec une vidéo, des photographies et un livre. J’aime énormément son écriture serrée et factuelle. Quelques textes synthétiques qui donnent une idée très précise de la richesse de son univers et de la façon dont son esprit tisse son œuvre, à mailles serrées et patientes. Elle s’est peu interessée aux autres protagonistes de cette histoire, mais elle cite, en revanche, les quarantièmes rugissants qui sont à l’origine de mon projet. Dire que Jacques Perrin considère ce film comme raté et qu’il est la cause d’un long et pénible endettement…

Tacita Dean, Teignmouth Electron, Cayman Brac, 1999

Par la suite, j’ai découvert les dessins à la craie sur tableau noir et les photogravures de Tacita Dean, qui en plus de me charmer sur le plan du sens, m’ont enthousiasmée sur le plan formel. Son approche qui part d’un détail, d’un fait météorologique ou d’un personnage réel est d’une grande influence sur mes propres travaux comme Fictions d’Août à Décembre (qui part des lignes de partage des eaux) et le Projet Crowhurst.

Tacita Dean : T&I, Photogravure in 25 parts, 2006

Tacita Dean, Beautiful Sheffield, Photogravure with etching, 2001

Tacita Dean, Ship of Death, from the series The Russian Ending, 2001

Tacita Dean, Ship of Death, from the series The Russian Ending, 2001

Sources : ArtNet, The Highlights, The Bureau of open culture

la scène plagique*

« Cette (…) plage est un lieu où l’on ne va ni pour découvrir un monde ni pour retrouver le sien, qu’il soit présent ou passé, moderne ou traditionnel. D’ailleurs, indice significatif, habillé ou dévêtu, ici l’on adopte un costume qui n’est ni de ville ni de l’autochtone – même s’il fut un temps de transition où l’on adopta le dit « costume marin ». cette plage est donc un lieu clos,  théâtre d’une étrange quête que ne guide ni un projet de découverte de l’Autre ni un désir de reconquête de quelconques racines identitaires. Ni dépaysement, ni repaysement. Ce monde se situe en marge de ces deux démarches complémentaires  que sont la décentration et le ressourcement  culturels. En fait espace de simulation totalement décontextualisé, ce monde est un monde en soi et pour soi, psychologiquement une île, un huis clos : un monde indifférent au monde ». Jean-Didier Urbain, Sur la plage, Payot, 1994

* l’expression « la scène plagique » est de Jean-Didier Urbain.

Partage des eaux

Une grande partie des photographies de Fictions d’Août à Décembre ont été prises sur la ligne de partage des eaux de l’Isle-sur-la-Sorgue. J’ai toujours été fascinée par cette indication géographique obscure que je croisais de temps en temps sans en comprendre la signification. J’ai compris, il y a peu, qu’il n’y a pas une, mais plusieurs lignes de partage des eaux et que cette frontière géographique est une marque de territorialité aussi bien géopolitique que géomorphologique. Ici, l’eau va vers… là, elle va ailleurs…
Ligne de partage séparant les fleuves les uns des autres, les océans les uns des autres et qui tout à coup, en plein milieu d’une rivière, dans une campagne au cœur de la France convoque les images opposées et lointaines d’une méditerranée écrasée de soleil et d’une Atlantique parsemée de crachins.

Fictions d'Août à Décembre - ligne de partage © agnès Cappadoro

Comme il s’agit, pour Fictions d’Août à Décembre de faire un petit opuscule dans le cadre des éditions Une Aube après l’Autre, je vais continuer à explorer cette dimension de la ligne de partage des eaux, aussi bien photographiquement que textuellement.

Fictions d'Août à Décembre - sur la ligne © Agnès Cappadoro

le littoral

« La sirène morte, le pêcheur disparu, dangers et indigènes écartés, ou, symboliquement, rivage sans monstres ni sauvages, la plage (…) est bel et bien (…) : un théâtre vide, désormais réservé à d’autres activités, d’autres jeux – à l’exercice d’un simulacre collectif de réenchantement du monde ordinairement nommé « les vacances au bord de la mer ». Jean-Didier Urbain, Sur la plage, payot, 1994

« les vacances au bord de la mer » ; ça ne m’a jamais gênée que ce soit un simulacre – l’espace étrange et détaché du reste où l’on arrive dépouillé de ses habits, de sa classe sociale, de son quotidien et où l’on se livre à des actes et des rythmes qui ne ressemblent à rien et ne peuvent exister qu’ici sur la plage, face à la mer, dans une espèce de torpeur tranquille. Dés qu’on s’allonge sur le sable, au cœur de l’été, quand la plage est bondée, une bulle, instantanément, se forme, magma informe de sons et d’odeurs, de sensations qui n’appartiennent qu’à cet espace, qu’on ne supporterait nulle part ailleurs ; cris d’enfants, parfums entêtants de crème solaire, crissement du sable infiltrés au cœur des pages du livre, sommeil insidieux qui ne s’installe pas vraiment. Au dessus de son bras replié, on regarde le spectacle de la plage d’un œil amusé et distant, ignorant qu’il suffit de se redresser pour faire, soi aussi, partie du spectacle. On sent l’odeur douçâtre de sa peau et l’on regarde l’enfant qui hésite à sauter dans les vagues, le grand-père qui gonfle une bouée, le sportif qui s’adonne aux jeux de plage, la jeune fille qui minaude, le garçon qui minaude aussi, les marcheurs inlassables qui arpentent le bord de l’eau, les chevilles léchées par les vagues, les pieds s’enfonçant dans le sol instable. On regarde et l’on entend mille éclats de sons fragmentés qui ne correspondent pas à ce que l’on voit, comme si l’œil et l’oreille appartenaient soudain à deux espaces différents sans que cela ni ne nous gène ni ne nous étonne.

Un bel Après-Minuit - IV - Les grandes vacances, iii © Agnès Cappadoro