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Archive for janvier, 2008

sans arrière-plan et presque sans lumière…

“Il y a quelques années, j’ai essayé de faire une photo, une seule photo, quelque chose comme un portrait, un autoportrait peut-être, mais sans moi et sans personne, seulement une présence, entière et nue, douloureuse et simple, sans arrière-plan et presque sans lumière”.
Jean-Philippe Toussait - L’appareil-photo- ed. de Minuit. 1989.

C’est la quatrième de couverture du livre… C’est pour cette phrase que j’ai acheté le livre. Et je suis bien incapable de dire pourquoi, ce seul paragraphe suffit à mon bonheur. Il aurait pu s’arrêter là. Faire une couverture, et rien dedans, ça m’aurait plu, ce paragraphe et la photo de couverture, son nom et le titre, le petit logo étoilé des éditions de minuit, la quatrième de couverture, et même le code barre, ça, cet ensemble là, tout seul me suffisait. Ca me fait le livre. Je peux remplir les blancs. vraiment, j’ignore pourquoi… Et peut-être Jean-Philippe ne serait-il pas content. Quoi ? Comment ? j’écris un livre en entier - court certes - mais entier et la quat’ de couv’ ça suffit ?! Ben oui, je réponds rougissante. Ma tête est pleine de cette envie d’une phographie sans arrière-plan et presque sans lumière.

Machines de guerre

Il n’y a pas si longtemps, alors que je parlais de mon travail, je déclarais m’amuser. Bizarrement, par un brusque renversement des choses, je ne m’amuse plus. Une sourde angoisse a remplacé l’excitation. Ce n’est pas de la souffrance, rien de grand dans cette inquiètude (si tant est qu’une souffrance quelqu’elle soit ait quelque grandeur), rien de mesquin non plus, ni de complaisant ; non, juste une angoisse. Nette. Franche. Sans ambiguité.

J’ai l’impression qu’en art, comme en politique, comme en économie, comme en tout, ne subsistent que les machines de guerre. Puissantes les équipes marketing, puissants les groupes de pression, puissants les projets collectifs ; tous conçus comme des programmes, comme des campagnes. Des machines de guerre oui. Lancées à plein régime. Séduire coute que coute. Convaincre même ne vient qu’après. Séduire d’abord. C’est tous les jours l’enlèvement des Sabines. Tous les jours arraché au collectif un assentiment incertain. Pour le plus grand bien.

De qui ?

dissimulé…

Derrière chacune de mes images se dissimule un mot
Alain Fleischer

Projet ensilence : Renaissance…

Depuis six ans, je travaille sur un projet nommé ensilence. Je l’ai annoncé de nombreuses fois, j’en ai toujours reculé la réalisation. Cette fois, il prend vraiment tournure. Je voudrais me servir de cette nouvelle catégorie sur ce blog pour en tester à la fois la potentialité et les thématiques.

Notre époque, notre civilisation, fragilisée par les conflits qu’elle a elle-même engendrés, craint le complot, craint le secret, craint le mystère, mais aime à l’entretenir, à le mettre en scène, à le manipuler, à nous manipuler. Les X-Files, les secret-story, la fortune médiatique de la CIA et du KGB, les feuilletons sur les complots d’état de tout poil, les manifestations de méfiance de tout un chacun contre les médias, toutes ces manifestations sont l’indice d’une ère nouvelle, une ère où le secret est roi. Mais ce secret, cette aura de mystère qui plane ne cache-t-elle pas une vérité plus grande et plus profonde ? Et s’il n’y avait rien à cacher justement ? Si le seul mystère réel n’était que le mystère que l’être représente pour lui-même ? Et si, cherchant déséspérement son identité, l’être humain n’avait à trouver que du vide, du rien… Ou alors au contraire, une profusion, une fragmentation qui rende impossible l’édition d’une vérité ?

c’est de cela que je souhaite parler avec ensilence. De cette étrange et dangereuse fascination pour le secret. Secret qui sous l’apparence du monolithe cache le fragmentaire, l’éclaté, le détail. Secret dont les signes, les empreintes, les traces, les indices sont comme des chausses-trappes, des pièges…

Concrètement, ensilence, c’est d’abord une installation. Une installation au sol avec 4OO cubes, comportant chacun 6 faces. Ces 6 faces représentent chacune un même visuel, interprété de 6 manières différentes et composant chacun une nouvelle manière de coder l’information, de la détourner, de la fragmenter, pour en dire plus ou pour en dire moins…

Des ciels

Diptyque arbres - Agnès Cappadoro © 2008

Lever les yeux, c’est toujours un étonnement. D’orages en pluies, de vents en rafales, des dimanches qui finissent en courant pour s’abriter du vent. Puis à l’abri des vérandas, regarder se déchainer le ciel, écouter les torrents s’abattre et sentir autour de soi tout l’abri, toute la douceur du monde. Se sentir chez soi. Et garder des traces lointaines, des spectres du vent mauvais, du froid insidieux, de la pluie frissonante. Garder l’empreinte visuelle de ce souvenir pénétrant. Comme un point sur un i. Comme un doigt sur un point.