Dans les starting-blocks… Empilement de cartons. Une multitude de souvenirs poussiéreux à la poubelle. Encore trop d’autres entassés dans des boites.
Il y a, dans la rue où je vais habiter, une famille, qui vient de reconstruire sa maison. La précédente avait pris feu. Tout, littéralement tout, a brulé. Et ce qui n’a pas brulé a été détruit par l’eau des lances à incendie. Ils étaient dans la maison au rez de chaussée, le feu a pris à l’étage. Quand ils ont senti la fumée au milieu du repas, il était déjà trop tard. Il ne leur est rien resté que la vie. La suite est, disent-ils une renaissance. Ils n’avaient plus rien, mais ils n’avaient rien.
Cet incendie, cette reconstruction m’ont énormément impressionnée. J’y pense souvent. Hormis le fait que je vais mettre des extincteurs à tous les étages et dans toutes les pièces, cet évènement que je n’ai pas vécu m’a marqué profondément. D’autres personnes plus célèbres ont tout perdu dans des incendies ; Marc Lavoine, Valérie Lemercier… Il me semble qu’après une chose pareille, on doit relativiser profondément sa relation aux objets et aux souvenirs. Je me demande comment on vit ainsi allégé de soi, si violemment délesté de ses souvenirs, de tout ce qui fait racine. J’imagine qu’on vit autrement mais certainement pas plus mal. Peut-être mieux même. On entasse tant. On entasse tout. Même quand on n’a pas de propension particulière à l’accumulation, on entasse malgré tout. Et pourtant si l’on nous prive violemment de ce à quoi l’on s’accroche désespérément, on se rend compte qu’on peut se passer de cela, sans problème. Il y a décidément du phœnix en l’homme. Sa capacité d’adaptation est sans limite, sa faculté de reconstruire est au delà du pensable. Qu’on lui donne le plus petit espace où vivre, la plus inhospitalière des zones, il parviendra non seulement à y faire son nid, mais à l’y rendre confortable selon ses moyens.

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