On sourit de nos grand-pères racontant les téléphones à manivelle, les toilettes au fond du jardin, les premières automobiles, tandis que l’on peste après les temps de téléchargement trop longs, les pannes de mails, les réseaux saturés. On peste et soudain, ce souvenir qui ne nous appartient pas nous saisit. Il y a encore si peu de temps, on entendait raisonner les sonneries stridentes des modems à 28 Kb, on n’avait pas de téléphone portable et quand on en avait il pesait bien son petit kilo, les écrans étaient encore noirs et on ouvrait un fichier en écrivant une ligne de commande pleine de slash et de sous-slash, et tout cela s’écrivait en vert fluo…
C’était il y a si peu de temps. Quand j’y pense, ça me donne le vertige…
Ca va vite, si vite, trop vite… La technologie progresse bien plus vite que ne le fait notre cerveau. On n’a pas vraiment le temps de s’y faire. L’adaptation se fait en deçà de nous. Paradoxalement, dans une partie encore animale, dans une zone instinctive. C’est la survie qui fait que l’homme s’adapte à cet environnement technologique. Par survie, par instinct, on raccroche les wagons, on se dépêche, mais on a beau faire, on reste ce trop-humain, cet humain-là qui n’est pas une machine et ne veut pas en être une. Alors on est pris de vertige.
Dans un sursaut très court, on se demande pourquoi on se précipite… On s’arrête, on regarde devant, derrière, sur les cotés, tout s’agite, tout va si vite. On se demande pourquoi on fait partie de ce courant. Est-ce que j’ai choisi ça, moi ? D’être là, dans ce bouillonnement dont je ne contrôle rien ? Et puis, aussi soudainement que l’on s’est arrêté. On repart. Oups, pendant que je réfléchissais il m’est arrivé 10 mails ; j’ai 5 choses de plus à faire et le téléphone se met à sonner.

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