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Archive for février, 2007

Y’a quelqu’un qui a cassé Belleville !!!

Ce n’est pas vraiment un scoop mais Belleville n’est plus ce qu’elle était.
Jusque là, rien de très surprenant, on le sait, on l’a vu, que belleville était devenue chinoise.
Oui, mais voilà ; Quelqu’un a détruit BENISTI !!! Et ça c’est un crime de lèse majesté.
Pour ceux qui ne le sauraient pas ; Bénisti, c’était l’épicerie où l’on pouvait manger en terrasse, assis sur une mauvaise chaise en plastique, au milieu de sciure de bois, les meilleures briques oeufs et thon de Paris, les plus fabuleux pains bagnats et mon père y mangeait des trucs bizarres que je ne pouvais même pas regarder mais qui semblaient le combler d’aise (des oeufs de poisson je crois…).
Je ne suis pas une grande nostalgique mais que Bénisti soit devenu un café Bobo, ça me chagrine quand même un peu. Où sont passés ceux qui tenaient la caisse selon une étrange logique que je ne cernais pas ? Chez Bénisti tout semblait suivre un cours que seuls les adultes maitrisaient. Pour moi tout était compliqué… Il y avait une dame assez grosse qui commandait tout ça du haut d’un tabouret derrière la caisse, elle en débordait de toute part, mais se tenait droite et hiératique, imperturbable. Il y avait beaucoup d’employés et énormément de passage. On commandait à droite, on payait à gauche sans avoir encore eu sa commande, on s’asseyait et la commande miraculeuse réapparaissait… On mangeait sur de très hauts tabourets, dressés autour de hautes tables rondes, étroites, rouges et oranges. Ca sentait bizarre… La sciure et l’huile d’olive… Il n’y avait pas beaucoup de femmes. Plus grande, quand j’y suis retournée toute seule ou avec des amies, j’ai vu que les femmes ne venaient pas le soir, mais l’après-midi, pour un thé à la menthe en terrasse, les cheveux pris dans une résille et le doigt gras de loukoums ou de gateaux au miel.

Mais les choses changent… Peut-être dans quelques années, le quartier devenu chinois redeviendra tunisien… ou congolais, ou belge… on y mangera des fish and chips en chantant Brel…

Effrenee…

On sourit de nos grand-pères racontant les téléphones à manivelle, les toilettes au fond du jardin, les premières automobiles, tandis que l’on peste après les temps de téléchargement trop longs, les pannes de mails, les réseaux saturés. On peste et soudain, ce souvenir qui ne nous appartient pas nous saisit. Il y a encore si peu de temps, on entendait raisonner les sonneries stridentes des modems à 28 Kb, on n’avait pas de téléphone portable et quand on en avait il pesait bien son petit kilo, les écrans étaient encore noirs et on ouvrait un fichier en écrivant une ligne de commande pleine de slash et de sous-slash, et tout cela s’écrivait en vert fluo…

C’était il y a si peu de temps. Quand j’y pense, ça me donne le vertige…

Ca va vite, si vite, trop vite… La technologie progresse bien plus vite que ne le fait notre cerveau. On n’a pas vraiment le temps de s’y faire. L’adaptation se fait en deçà de nous. Paradoxalement, dans une partie encore animale, dans une zone instinctive. C’est la survie qui fait que l’homme s’adapte à cet environnement technologique. Par survie, par instinct, on raccroche les wagons, on se dépêche, mais on a beau faire, on reste ce trop-humain, cet humain-là qui n’est pas une machine et ne veut pas en être une. Alors on est pris de vertige.

Dans un sursaut très court, on se demande pourquoi on se précipite… On s’arrête, on regarde devant, derrière, sur les cotés, tout s’agite, tout va si vite. On se demande pourquoi on fait partie de ce courant. Est-ce que j’ai choisi ça, moi ? D’être là, dans ce bouillonnement dont je ne contrôle rien ? Et puis, aussi soudainement que l’on s’est arrêté. On repart. Oups, pendant que je réfléchissais il m’est arrivé 10 mails ; j’ai 5 choses de plus à faire et le téléphone se met à sonner.