Elle dit qu’elle a constamment peur de la mort, de la maladie, de la mort provenant de la maladie, de l’accident, de ce qui peut l’extraire tout soudain de la vie sans prévenir ou de ce qui peut la traîner dans l’agonie. Elle ne passe pas une journée sans y penser. Tandis qu’elle mange et qu’elle parle, tandis qu’elle marche dans la rue, tandis qu’elle tend la monnaie à la boulangère, tandis qu’elle lace ses chaussures, tandis qu’elle parcourt les couloirs du métro. Elle vit avec cette peur, toujours. Elle dit qu’elle aime la vie avec passion. Elle dit qu’elle y tient tant. Et cette peur, omniprésente ne lui rend pas la vie plus précieuse qu’elle ne l’est déjà. Cette peur ne lui rend pas non plus la vie plus pénible, non. C’est sa routine, son ordinaire. Elle sait pourtant - elle croit en tout cas - que cette peur n’est pas ordinaire. La plupart des gens traverse l’existence sans souci d’exister. Ils vivent sans songer qu’ils vont mourir. Ils le savent mais ils parviennent à l’oublier. Elle sait qu’elle fait partie des quelques-uns qui n’oublient pas. Elle se maudit d’en être. Puis elle oublie qu’elle en est. Mais elle n’oublie pas qu’elle va mourir et qu’elle a peur de mourir. Ce n’est pas une figure de style et quand je lui demande, étonnée, pourquoi et comment elle peut vivre avec cette peur, comme une épée de Damoclès,au-dessus de la tête, je ne dois pas avoir l ‘air complètement sincère, car elle me dit, avec angoisse, que je dois la croire : non, cette peur ne la quitte pas. Oui elle y pense, elle y pensait à l’instant en regardant le serveur poser le café sur la table, elle y pensera ce soir en se couchant, et, peut-être pas demain en se levant, mais juste après, en buvant son café, l’oeil vague encore un peu endormie. Elle y pensera, surtout, souvent, quand elle est juste heureuse et bien, que rien n’accroche, que rien de griffe, que tout est simple et doux et lisse. Elle y pensera et elle se dira qu’elle a de la chance de vivre, oh oui de la chance et qu’elle aime la vie, même quand c’est dur et que cela résiste, elle sait cela, elle sera triste parfois comme tout un chacun, oubliant un instant cette peur immense, puis cela lui reviendra et elle soufflera de se dire, aujourd’hui mon heure n’est pas encore venue, mais demain ? Elle me dit que ce ne sont pas les morts qui lui font penser à la mort, mais les vivants. Pas besoin d’un jour des morts, une fois morte dit-elle, je n’aurais plus peur de mourir, je ne me soucierai plus de ce que cela advienne puisque ce sera advenu. Mais c’est toute cette vie à attendre que la vie cesse qui la tue. Et dire qu’elle ne saura pas le matin en se levant que ce jour là précisément, sera le dernier. Même si elle était malade, dit-elle, même si on lui annonçait sa fin, elle me dit que nul ne pourrait dire le jour précis, et l’heure, et la minute et la seconde. Alors il faudrait attendre de se laisser surprendre et cela, cela, dit-elle lui est insupportable. Elle dit qu’elle n’est pas davantage en sursis que quiconque. Tout le monde va mourir, dit-elle, mais qui subit l’épreuve d’y penser constamment ? Et poursuivie par les visions de ses défaites, elle va, vaillante, inquiète, toujours… Chaque jour de vie est un jour de victoire sur cette annonce qui ne lui a pas été faite… (AC - les Lilas, le 13/11/2006)
Archive for novembre, 2006
Je n’ai plus eu le temps d’écrire. L’envie pourtant, mais les sursauts velléitaires accouchent toujours de riens. Résultat, je n’ai plus écrit ici depuis longtemps.
Pourtant, je travaille. Mais ce travail là ne se raconte ni ne s’écrit. Routine et précipitation ou routine de la précipitation ou précipitation de la routine, ou, enfin, comment aller lentement en se hatant et aller vite en lambinant… Bref comment tuer le temps et se rendre compte qu’il nous tue ou nous conduit inéxorablement…
Je travaille donc et principalement en ce moment, je travaille à ne pas m’arracher la calotte cranienne. Mon ordinateur ayant rendu l’âme, il m’a fallu en acquérir un autre, tout réinstaller, récupérer le récupérable, pleurer le non-récupéré et ranger l’innommable Disque dur externe ; sorte de boite mutante où je remise en vrac et sans hierarchie toute ma vie professionnelle et créative. Autant dire que c’est un foutoir et que nul ne saurait y habiter !
Bref, à nouvel ordi, pas une nouvelle vie, mais presque… Et par conséquent, il a fallu ranger, trier, supprimer les doublons, etc.
Quiconque range sait que ranger, c’est d’abord exhumer.
J’exhume donc et c’est ainsi que je travaille car je retrouve de vieilles idées, de vieux projets, certains très avancés d’autres complètement décatis. Parfois je tombe sur la toute première note, le premier dessin, d’un projet qui a finalement vu le jour ou que j’ai au contraire abandonné. En retrouvant tout cela, j’ai l’impression de fournir un travail colossal quand je ne fais rien d’autre que retrouver, renommer, replacer, et parfois détruire.
Ce genre d’activité convient bien au climat qui s’installe. Il fait froid au cas où personne ne s’en serait aperçu !



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