Il m’arrive, quand je travaille, d’avoir la sensation d’être une île.
Pas d’être sur une île. Pas non plus d’être un lieu poétique et/ou isolé. Pas d’être un espace onirique. Pas même d’être un lieu.
D’être une île serait d’être entre deux eaux, entre deux parois, entre deux espaces, tantôt resserrés et étroits, tantot vastes et mobiles, fluides, mouvants. Je suis ce point indeterminé sur une cartographie imaginaire. Une île. Refuge pour soi et parfois, pourquoi pas, pour autrui. Ce rêve éveillé d’être une île, n’est ni une lubie, ni un caprice, ni une image pour “faire joli”, c’est un sentiment trés exact, clair, délimité, borné de toutes parts par une sensation sans suprise que je puis interroger, disséquer, éplucher, dont les peaux, les strates et les couches sont très nettes. D’être une île, c’est avoir l’idée, que par le travail, l’effort réflexif, on se constitue en plateforme. On est un lieu de dépot et d’envol ; un espace de transformation de matières premières. Reste à examiner en quoi l’on est agissant et en quoi l’on est agi. En quoi ce qui fait pression (eau, air, éléments, gazs, liquides, fluides, rebords, replis, rebonds) interagit avec ce que l’on transporte en soi au préalable.

Si tu ressens cette sensation, c’est parce que ton travail a, très concrètement, une action sur des gens, des choses…
Mais s’il n’en avait aucune, la ressentirais-tu ?
Conclusion : profites-en bien !
Mais s’il n’en avait aucune, la ressentirais-tu ? -> Bonne question ! Pourtant, cette sensation ne me semblait pas provenir de la perception de mon travail mais bien de sa production… Or, pour l’instant, les deux moments sont sans contiguité. J’expose trop peu pour que le rapport entre production et perception soit tangible et agissant sur moi. Cette question pourtant introduit un doute… Je la laisse suspens…