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Archive for mai, 2006

En apparence, il ne se passe rien…

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Maritime… Ondulante, en marée, en reflux, en ressac… Je puis bien poursuivre la métaphore et la filer encore un peu. Je ne me suis jamais sentie autant une ile. Un peu déserte… Sableuse, blanche de soleil, au bord, très au bord de l’eau. Très au bord…

C’est que le monde est si mouvant… On ne peut pas dire pourtant que je mène une vie dissolue. Je suis calme. En apparence, il ne se passe rien. Pas de débordements, pas d’éclats, pas de grande histoire, ni non plus de grande rupture, pas d’enjeu insurmontable, ni de défi par trop aventureux, pas d’angoisse, ni de grands émois, pas de grosse colère, ni d’hystérie, pas de grands chagrins, ni de larmes, pas de mélancolie. Rien de trop froid, ni de trop chaud, rien de tiède non plus… En apparence, il ne se passe rien.

Mais les vrais émois sont sans vagues, ils sont à l’image des marées tranquilles. Le flux est invisible et résolu. Je sens bien moi que tout change, que je deviens une autre. Une nouvelle. Une prolongée. Je deviens sinon sure, du moins un plus assurée. Je sais que se construit ce qui vient. La certitude c’est qu’il n’est pas besoin de définir la forme. Ce que je deviens est sans dessin.

Dans mon travail se dessinent des strates. J’ai longtemps cru qu’il fallait à toute force faire coincider tous les univers dans lesquels je navigue ; Mais je commence à comprendre que ma cartographie est un peu plus compliquée que cela. Entre latitudes et longitudes, les points de repères sont plus nombreux qu’il n’y parait. Quelqu’un, il n’y a pas très longtemps a demandé pourquoi mon univers était si sombre. Je réponds que ce qui nous entoure est sous cloche. Le ciel y pèse comme un couvercle. On me croit alors engluée dans le mal de vivre, quand il n’y a là que lucidité et conscience. Mais je suis aussi capable d’être - et c’est le plus souvent - gaie, enjouée et résolument positive. Mon travail s’en fait peu l’écho ; C’est que mon propre bonheur n’est pas du ressort du travail, il est du ressort de la vie, du quotidien, il n’a pas besoin de mise en scène, il tient de l’intime, voire du secret et de l’énigme.

Marguerite Yourcenar disait “il faut entrer dans la mort les yeux ouverts” et elle savait que ce moment là, on le vit toute sa vie, puisqu’on ne cesse de s’en rapprocher. La mort n’est pas un moment, c’est un processus. Ce n’est ni gai, ni triste, pas la peine de danser sur les tombes et de courir les cimetières, pas besoin de lyrisme ni de grandiloquence, c’est factuel : un trajet et une issue. L’issue est connue. Le voyage est objet de curiosité. Mais on ne peut pas faire l’économie d’une certaine prudence. Trop de chausse-trappes. La lucidité c’est un minimum qu’on se doit à soi-même.

Mais récemment, alors que j’étais occupée de cette pensée justement, assise à la terrasse d’un café, au soleil, je me suis prise à penser que je me fourvoyais peut-être. Je me crois lucide quand je pressens la catastrophe. Mais ne le suis-je pas aussi, ou tout autant, et peut-être davantage, quand, occupée de mon seul nombril et des quelques mètres qui l’entourent je ressens fortement la plénitude de vivre ? Cette pensée là, est comme un fil trop fin ; Dès que je la tiens, elle casse. Le pessimisme qui me vient recouvre ce moment fugace. Je me dis cependant que si je veux travailler honnêtement, il faut laisser à ces moments fugitifs le moyen de s’exprimer dans mon travail. Un peu d’air frais…

Je le tente parfois quand j’introduis dans une série, une image qui se décale très légèrement. Souvent entendue comme incohérente, elle est pourtant pièce maitresse et pièce nécessaire. Elle vient dire que je ne perçois pas le monde comme l’immonde cloaque qu’il est… Et il me faut lutter pour maintenir cet élément essentiel mais incompris.

D’être une île…

Il m’arrive, quand je travaille, d’avoir la sensation d’être une île.

Pas d’être sur une île. Pas non plus d’être un lieu poétique et/ou isolé. Pas d’être un espace onirique. Pas même d’être un lieu.

D’être une île serait d’être entre deux eaux, entre deux parois, entre deux espaces, tantôt resserrés et étroits, tantot vastes et mobiles, fluides, mouvants. Je suis ce point indeterminé sur une cartographie imaginaire. Une île. Refuge pour soi et parfois, pourquoi pas, pour autrui. Ce rêve éveillé d’être une île, n’est ni une lubie, ni un caprice, ni une image pour “faire joli”, c’est un sentiment trés exact, clair, délimité, borné de toutes parts par une sensation sans suprise que je puis interroger, disséquer, éplucher, dont les peaux, les strates et les couches sont très nettes. D’être une île, c’est avoir l’idée, que par le travail, l’effort réflexif, on se constitue en plateforme. On est un lieu de dépot et d’envol ; un espace de transformation de matières premières. Reste à examiner en quoi l’on est agissant et en quoi l’on est agi. En quoi ce qui fait pression (eau, air, éléments, gazs, liquides, fluides, rebords, replis, rebonds) interagit avec ce que l’on transporte en soi au préalable.

je n’ai jamais su compter les moutons…

Journée studieuse, insomnie carabinée.

Quand la tête turbine à deux cent à l’heure après le déjeuner, plus moyen de l’arrêter !
Alors me voilà, des cartes plein la tête, trop d’idées, le programme d’une vie toute entière coincé entre 23 heures et probablement 3 heures du matin. La proximité d’un rendez-vous important, la charge émotionnelle d’une journée pleine de chausse-trappe, l’incoyable, délicieuse et inutile urgence d’un projet qui peut bien attendre son heure, rendent ma nuit hagarde et ma mine dépitée. Ecrire est encore ce qui a le plus de chance de me calmer, de m’apaiser. il y a quelque chose de tellement satisfaisant dans le cliquètement du clavier, la régularité de la frappe et cette sensation (fausse et illusoire) qu’écrire, à pareille heure de la nuit, est facile et naturel.

Je n’ai allumé aucune lumière, je suis recroquevillée dans la pénombre, avec le rectangle blanc de l’écran fiché dans les yeux, si éblouissant que la persistance rétinienne de cet éclat tient bien longtemps après qu’il soit éteint. Il se trouve que c’est depuis quatre jour, la tempête, alors j’entends mugir en haut de mon troisième étage exposé en plein vent de violentes rafales qui menacent d’entrainer sur la place les pots de fleurs, les tables de jardin, les parasols égarés. C’est confortable sous le plaid en polaire d’entendre la pluie et le vent, de se savoir à l’abri. C’est agréable d’écrire un peu à la sauvette sans objectif précis, sans but à atteindre, sans enjeu. C’est drole de se dire pourquoi l’on écrit aussi tard : Moi j’écris parce que je n’ai jamais su compter les moutons. Compter les moutons, cela n’a jamais su m’endormir ; j’ai les moutons indisciplinés. Ils ne sautent jamais la haie, passent au-dessous, regimbent, se rentrent dedans les uns les autres et au final ça finit en pugilat. A peine arrivée à 22/23, il faut faire le gendarme, remettre tout le monde au pas et tout recommencer… Impossible, dans ces conditions de s’endormir…

Alors, j’écris. Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais écrit quoique ce soit de longue haleine sur la base de cette errance somnambule, mais j’ai eu parfois des idées qui ont transformé l’essai, ont donné naissance à quelque chose. Le Dit du Senti est né d’une insomnie. Il ya quelque chose de rageant à voir ainsi le temps gaspillé ; ni sommeil réparateur, ni rêve, ni veille productive. Une sorte de no-man’s land inculte où ne germe qu’occasionnellement un petit quelque chose, tellement minime et accidentel que la sensation du temps perdu reste intacte.

Et puis après ce temps perdu dans la nuit, il y a le temps perdu du lendemain, dans une veille veule et torve, l’oeil hagard et fatigué, le cerveau paralytique, le réflexe en berne, on échoue à être vraiment vivant. On aura donc perdu une nuit et un jour. Une nuit et un jour où l’on aurait peut-être pu faire quelque chose de bien de soi… Il ne restera de cette lutte qu’un petit crachat de texte, une petite crotte de mots, empaquetés dans un blog, un peu ironiques, un peu décalés, sans utilité notable, sans rentabilité aucune…

Venise, zone industrielle…

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En ce moment, Je n’ai guère d’inspiration pour le blog. Je ne fais qu’y passer, déposant une photo ou un dessin mais sans énergie pour les textes. Cela sans doute, doit correspondre à quelque chose… Pas de mo(aux)ts… Toute mon énergie rassemblée sur des projets de tierce personne, graphisme et/ou projets nécessitant la réalisation de dossiers… Des choses pragmatiques, efficaces, convertibles. Un temps pour chaque chose…

Il faut apprendre très tôt

ensilence progresse… mais c’est long…