Il y a un après Venise, puisqu’il y a un retour… J’ai le mal de terre, de mer, des odeurs de vase et des souvenirs de roulis.
Venise confite dans ses souvenirs, ville-musée, ville-bibelot, écrin d’églises et d’anciennes grandeurs, Venise agace et ravit en même temps. Je n’ai pas réussi à trancher ; Ai-je ou non aimé Venise ? Ai-je ou non compris Venise ? Faut-il garder intacte la belle à fleur d’eau, sauvée des eaux ou la soumettre à la tyrannie d’un progrès qui n’est peut-être pas non plus une panacée ? Faut-il admettre, concevoir, encourager Venise-officine des touristes, amoureux des vieilles pierres, ou amoureux tout court ? Doit-on laisser Venise aller à vau-l’eau ? Assurément, ce n’est pas moi qui vais répondre à ces dernières questions… En revanche et à titre individuel, je puis répondre au moins à la première.
Oui, j’ai aimé, j’aime Venise. Même bibelotante et muséïfiante, réifiée dans son jus, baignant au fond de ses canaux, elle conserve quelque chose de magique. Cette réification elle-même fait partie du charme, c’est une sorte de philtre, Venise procède par envoûtements successifs, elle ne laisse aucune chance à quiconque lui cède une première fois.
C’est que, dés l’arrivée, au-dessus des eaux, il y a déjà de la magie à voir apparaître Venise lovée dans sa lagune. Bien que jamais tout à fait tranquille en avion, au moment de descendre vers l’aéroport Marco Polo, je suis tout de suite envoûtée. Immédiatement, je prends contact avec ce monde aquatique bleu-vert, sillonné de toute part par les minuscules bateaux, rosé et brique, sienne et ocre en son berceau, la ville est faite de minuscules pièces de couleur, on dirait un puzzle que les doigts malhabiles d’un Dieu quelconque a laissé incomplet. Je repère aussitôt l’Isola San Michele sur laquelle je rêve depuis des années, j’aperçois les cyprès qui jalonnent le cimetière et l’église isolée. Le Lido allonge ses deux fines jambes de part et d’autres d’une des passes où s’engouffre la mer. Puis l’on descend de l’avion et dés les bagages récupérés on sort en plein soleil, accueillis par l’eau… déjà… Un grand bassin et une cascade accueillent le voyageur. Mais il faut marcher encore quelque 500 mètres avant de quitter la terre ferme et d’entrer en zone lagunaire. Ensuite et pour le temps qui suivra, on est enserré par l’eau, dessous, dessus, humide, moite, s’insinuant partout dans la ville en grands et petits canaux, on se met à flotter et cela durera tout le temps du séjour.
Dés le second jour, j’éprouve une sorte de mal de terre, je flotte, tout flotte, tout est fluide, c’est un vertige perpétuel. D’un vaporetto à l’autre, d’un pont à celui d’après, d’une rive à un quai, l’eau partout mouvante me donne le sentiment que rien, nulle part n’est jamais tout à fait stable. Sachant que la ville est construite sur un réseau phénoménal de pilotis enfoncé dans un sable mouvant, il m’arrive de croire que la ville toute entière flotte et roule, tanguant inlassablement sur la lagune. Mais la ville est bien amarrée, s’enfonçant chaque jour davantage. C’est moi qui suis prise de vertige…









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