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Archive for avril, 2006

Après Venise

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Il y a un après Venise, puisqu’il y a un retour… J’ai le mal de terre, de mer, des odeurs de vase et des souvenirs de roulis.

Venise confite dans ses souvenirs, ville-musée, ville-bibelot, écrin d’églises et d’anciennes grandeurs, Venise agace et ravit en même temps. Je n’ai pas réussi à trancher ; Ai-je ou non aimé Venise ? Ai-je ou non compris Venise ? Faut-il garder intacte la belle à fleur d’eau, sauvée des eaux ou la soumettre à la tyrannie d’un progrès qui n’est peut-être pas non plus une panacée ? Faut-il admettre, concevoir, encourager Venise-officine des touristes, amoureux des vieilles pierres, ou amoureux tout court ? Doit-on laisser Venise aller à vau-l’eau ? Assurément, ce n’est pas moi qui vais répondre à ces dernières questions… En revanche et à titre individuel, je puis répondre au moins à la première.

Oui, j’ai aimé, j’aime Venise. Même bibelotante et muséïfiante, réifiée dans son jus, baignant au fond de ses canaux, elle conserve quelque chose de magique. Cette réification elle-même fait partie du charme, c’est une sorte de philtre, Venise procède par envoûtements successifs, elle ne laisse aucune chance à quiconque lui cède une première fois.

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C’est que, dés l’arrivée, au-dessus des eaux, il y a déjà de la magie à voir apparaître Venise lovée dans sa lagune. Bien que jamais tout à fait tranquille en avion, au moment de descendre vers l’aéroport Marco Polo, je suis tout de suite envoûtée. Immédiatement, je prends contact avec ce monde aquatique bleu-vert, sillonné de toute part par les minuscules bateaux, rosé et brique, sienne et ocre en son berceau, la ville est faite de minuscules pièces de couleur, on dirait un puzzle que les doigts malhabiles d’un Dieu quelconque a laissé incomplet. Je repère aussitôt l’Isola San Michele sur laquelle je rêve depuis des années, j’aperçois les cyprès qui jalonnent le cimetière et l’église isolée. Le Lido allonge ses deux fines jambes de part et d’autres d’une des passes où s’engouffre la mer. Puis l’on descend de l’avion et dés les bagages récupérés on sort en plein soleil, accueillis par l’eau… déjà… Un grand bassin et une cascade accueillent le voyageur. Mais il faut marcher encore quelque 500 mètres avant de quitter la terre ferme et d’entrer en zone lagunaire. Ensuite et pour le temps qui suivra, on est enserré par l’eau, dessous, dessus, humide, moite, s’insinuant partout dans la ville en grands et petits canaux, on se met à flotter et cela durera tout le temps du séjour.

Dés le second jour, j’éprouve une sorte de mal de terre, je flotte, tout flotte, tout est fluide, c’est un vertige perpétuel. D’un vaporetto à l’autre, d’un pont à celui d’après, d’une rive à un quai, l’eau partout mouvante me donne le sentiment que rien, nulle part n’est jamais tout à fait stable. Sachant que la ville est construite sur un réseau phénoménal de pilotis enfoncé dans un sable mouvant, il m’arrive de croire que la ville toute entière flotte et roule, tanguant inlassablement sur la lagune. Mais la ville est bien amarrée, s’enfonçant chaque jour davantage. C’est moi qui suis prise de vertige…

Avant Venise

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Je repars…

À moi les canaux, les soupirs, l’Italie… À moi la vase, le croupi, la ville enfoncée. Moïse sauvera-t-il Venise ? Où continuera-t-elle de s’enliser, les pieds pris dans la boue ? La mer retenue prend toujours ce qu’elle veut. Il n’ y a qu’à relire “le barrage contre le pacifique”… Si une mer aussi tranquille et bleue que le pacifique a su venir à bout de l’entetante, lancinante, inutile persevérance de la mère, alors, l’enclavée, la Méditerannée peut bien venir à bout de ces ilots, aussi charmants soient-ils… Pas assez de place cette mer… Elle pousse sur les bords, ce n’est que justice.

Mais avant que Venise ne s’envenise davantage…

Je pars avec des projets plein la tête et l’idée de faire le plein de vent avant de m’enchainer à la table de travail. Au retour, le programme est chargé : identité visuelle complète pour une association, création d’un prototype ultra-secret pour une autre, flyers divers et variés pour une troisième, rewriting de dossier, décrochage de Pandore dont les poupées que voici ci-dessus vont mourir de leur belle mort, Montage de Noli me tangere, commencement de Oniropolis et continuation entetée d‘ensilence

Et puis au milieu de tout ça, dedans, dessus, dehors, à l’intérieur et sur les bords, la vie…

Contre l’exploitation sexuelle lors du Mondial

Nombre d’articles et de blogs mentionnent, en ce moment, ce gigantesque bordel, qui va ouvrir ses portes, lors de la coupe du monde de football en Allemagne, cet été. Si la question de la prostitution, de sa légalisation est un large débat dans lequel il est difficile de prendre part quand on n’est pas soi-même concernée (faut-il légaliser ? Faut-il interdire ? Faut-il pénaliser ? faut-il protéger - et dans ce cas qui protège-t-on ; la femme, le client, les familles bien pensantes qui ne veulent pas voir “ça” ou les femmes tout court ?) et soulève d’innombrables question (la prostitution est-elle une bonne chose ? est-ce le moyen de rémédier à la misère sexuelle ambiante ? est-ce une défense contre les viols, une sorte de soupape ? Comment respecter le droit des femmes (primordial, essentiel, inaliénable à mes yeux) à disposer de leur corps et la marchandisation du-dit corps ?). Bref, si cette question est épineuse et sujette à moults débats, la question du baisodrome version XXL qui va s’ouvrir cet été, elle, ne me pose pas question : je suis contre. point.

Que ces messieurs aiment le foot, soit. Qu’ils aient des besoins sexuels, soit.

Mais que les mafieux de tous bords, marchands de sexe déjà amplement enrichis par l’exploitation, l’escalavagisme, les violence faites aux femmes, s’en mettent plein les poches, au vu et au su de la communauté internationale sans que celle-ci s’en émeuve ( à part quelques femmes - dont moi- dont les voix haut perchées passeront pour celles d’hystériques !), non, non, non, trois fois non. On n’est pas ici dans le débat du droit de la femme à disposer de son corps ; aucune des femmes qui se feront violer là-bas (car croyez-moi, la tendresse n’y sera pas de mise) n’auront fait ce choix de gaieté de coeur ! La plupart d’entre elles seront jeunes (à peine mineur et peut-être même pas), pauvres, souvent déracinées, parfois arrachées à leur famille, kidnappées, elles auront au préalable été violées, enfermées, sans soins. Elles ne toucheront pas un kopeck du commerce fait de leur corps. La question n’est pas non plus celle d’une morale bien pensante ; encore que, pour le coup, si c’est pour la morale qu’on interdit ce cloaque, j’applaudirai des deux mains et des deux pieds ! Les conditions sanitaires seront déplorables, les protections contre les maladies vénériennes et bien sur contre le Sida ne pourront être garanties à ces femmes, rebaptisées élegamment hotesses. Ce gigantesque baisodrome de la taille d’un stade de foot justement sera l’équivalent de centaines de baraques de chantiers d’abattage. Ni plus, ni moins, mais surement pire !

Je m’étonne en faisant des recherches pour écrire cet article de n’en trouver aucun dans le Monde ou Libération ou les grands quotidiens (accessible sur le net). Je m’étonne et m’en inquiète. Est-ce que que les lobies sportifs sont si forts que la presse s’en trouve miraculeusement muselée ou que l’information n’est ni vérifiée, ni vérifiable ?

Pour vous aider à vous faire une idée tout de même, voici une liste de liens sur le sujet et le lien vers la pétition à signer éditée par the coalition against trafficking in women.

un article de l’humanité
Un article des Pénélopes mettant l’accent sur les arguments fallacieux avancés par certains pour justifier de leur commerce et le “tri” fait entre le “légal” et le “forcé”.

La pétition en tant que telle

Connaissez-vous Ron Mueck ?

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J’ai raté l’exposition de la fondation Cartier ! Mais depuis un an, j’entraperçois constamment son travail au détour d’une page, d’un catalogue d’expo, d’une revue, d’un ouvrage. A chaque fois, c’est le même choc ; Comment parvient-il avec ce réalisme de résine à résonner si fort dans nos esprits ? Que ce soit l’homme sauvage où cet homme si triste qui se tient la tête dans la main, où cette femme dont le cou tendu se projette vers un enfant nouveau-né, tous ces personnages de fausse chair et de faux sang me fascinent.
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Ron Mueck est un artiste australien, ancien créateur de marionnettes du type de celles que l’on voyait dans le Muppet Show, il a créée sa maison de production et découvert la fibre de verre qui devient la base de sa pratique artistique presque “par hasard” ou “par accident”, ou l”air de rien”… En 2005, il a exposé “the big man” lors de l’exposition “Mélancolie” au Grand Palais et est devenu la coqueluche du monde de l’art (ce qui, ici précisément, n’a, à mes yeux, rien de péjoratif).

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Il réalise avec de la fibre de verre des personnages d’un réalisme troublant, se jouant des proportions, créant des personnages gigantesques, avec des écarts corporels ; longues jambes, grosses têtes, pieds immenses. Chaque pore, chaque poil ou cheveux, chaque cil nous renvoie à l’image du corps en la détruisant ; rien ne palpite chez ces plus que vivants.

On se retrouve liliputiens dans un univers de géants vrais, ou de faux humains. Tout ce qui nous constitue devient immense, chaque poil chez soi microscopique enfle, chaque pore est un gouffre. Puis au détour de l’examen, la miniaturisation d’un être chamboule tout. L’humain n’est plus ici tout à fait humain, plus qu’humain, moins que rien…

En savoir plus sur Ron Mueck sur wikipedia
Galerie James Cohan

Les oeuvres présentées : Angel (1997) - Man in a boat (2002) - Big man (2000) - woman and baby (2001) - Baby

Paris au cinéma

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Dans les salons rénovés de la Mairie de Paris une belle exposition sur Paris au cinéma. Comme nombre de parisiens, je n’ai pas oublié la magnifique exposition qui avait eu lieu à la grande halle de la Villette il y a de cela maintenant plus de dix ans, Cinecité. Toute exposition sur le cinéma est maintenant à noter en fonction de ce souvenir. “Paris au cinéma” s’en tire bien. Elle balaye 100 ans d’histoire de cinéma en lien avec la capitale, soit que celle-ci en soit le décor, le personnage ou le fantasme. On retrouve des extraits muets évoquant les grandes inondations de 1910, on se ballade sur une péniche en 1900, on retrouve en très bonne place notre inénarrable Tour Eiffel. Arletty, Gabin, Delon, Moreau, mais aussi Gene Kelly, Audrey Hepburn ou Polanski retracent devant nous une histoire où le Paris rêvé cotoie le Paris réel.

Deux choses cependant : 1. l’expo coincée dans un long couloir nous contraint au coude à coude. 2. On n’insiste pas assez à l’entrée sur la nécessité de prendre un audioguide et comme il n’y en a pas assez, qu’on l’ai voulu ou non, on est privé d’une grande partie des commentaires et Paris au Cinéma devient Paris au cinéma muet.