Ca fait un moment que j’ai envie de parler d’un ouvrage à la fois drole, étonnant, fascinant et instructif. il s’agit de 72 projets… Pour ne plus y penser, édité par le Centre National de l'estampe et de l'art imprimé, l'espace Paul Ricard et le fonds régional d'art contemporain Provence-alpes-Côte d'azur, en Avril 2004 et diffusé par les Presses du Réel.
C’est un gros ouvrage, relativement peu cher pour un ouvrage d’art (environ 19 euros), qu’on a plaisir à ré-ouvrir de temps en temps. Autrement dit, contrairement à d’autres, on y revient avec délectation. C’est que le principe est assez amusant :
" Il s'agissait de recueillir des projets orphelins, projets d'oeuvres "non réalisées par les artistes faute de temps, de moyen ou d'opportunité", dormant au fond des tiroirs ou consignés depuis longtemps dans les replus de la mémoire. Pour ne plus y penser, cela voulait dire : pour ne plus avoir à le faire".
Glané sur les étals de la librairie du Centre Pompidou, cet ouvrage m’a tout de suite séduite. C’est que je suis au coeur du sujet avec mes projets de jeune plasticienne, mes croquis, mes crobards, mes esquisses, mes simulations, mes envies de grands, gros et beaux projets. Forcément, je me suis tout de suite sentie concernée.
je ne peux pas mentionner tous les projets et tous les artistes réunis ici, je cite cependant Thomas Hirschorn, Virginie Barré, Fransesco Finizio avec sa “prime à la visibilité pour le troisième âge”, Philippe ramette et bien d’autres… Pour chaque projet, une double page avec un petit texte présentant le projet et des croquis dont le niveau d’avancement est variable ; ça va du gribouillé au détaillé. C’est plein de drolerie, d’invention, de choses moins interessantes aussi.
Personnellement j’ai eu le coup de foudre pour deux démarches radicalement différentes, opposées même. La première est celle de Didier Mencoboni, avec “Tombe” :

où il projette de creuser des espaces dans le sol, pour y enterrer ses tableaux, “avec l’idée d’un évanouissement, d’une soustraction”. J’imagine aisément quelle sensation étonnante, hypnotique et sans doute angoissante il y aurait à se trouver au bord de cet abime de cimaise inversée…
La seconde démarche concerne aussi une cimaise, mais cette fois, d’une manière ironique et vraiment drole et charmante. C’est la “cimaise mobile homéostatique à roulettes suiveuse et qui parle” … “pour sauver les petites oeuvres d’art de l’oubli” de Gilles Barbier :
Il s’agit d’une cimaise montée sur roulette, dotée d’un dispositif capable de repérer un visiteur et de le poursuivre pour lui expliquer que la “petite oeuvre d’art un peu oubliée” qui y est accrochée est digne d’interêt :
””Des fois, le visiteur n’écoute pas ! Alors, la cimaise le suit jusque dans la rue !””
J’adore cette idée ; Je la trouve drole, je la trouve à la fois décalée et pleine d’une profondeur un peu désabusée. Je trouve qu’il y a dans ce projet une vraie réussite; le mélange entre la gravité (le thème de l’oubli) et l’ironie. C’est vrai que, d’une manière générale, j’aime beaucoup le travail de Gilles Barbier, mais j’aime tout particulièrement sa petite cimaise, qui fait désormais pleinement partie de mon imaginaire, de mon univers.
@@On peut voir les oeuvres de Gilles Barbier à la Galerie Vallois et celles de Didier Mencoboni (entre autres) sur le site de face-art-Paris. __ Autres liens pour cet article :__
Centre National de l’estampe et de l’art imprimé
espace Paul Ricard
fonds régional d’art contemporain Provence-alpes-Côte d’azur
Centre Pompidou@@






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