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Archive for décembre, 2005

Programme d’artiste en bandoulière !

Tenter de créer. Ne pas décorer. Ne pas se prendre pour un Dieu. Ni pour un Rien. Rassembler. Unifier. Découdre. Exposer. Ne pas prendre l’exposition pour une fin en soi. Traduire. Métamorphoser. Créer du lien. Ne pas surévaluer le lien. Ne pas dévaluer l’acte. Être ambitieuse. ëtre réaliste. Être idéaliste. Être lucide. Aller dans le détail. Travailler le Tout. Voir au delà des bords. Anticiper le monde. Ne pas être élitiste. Ne pas niveler par le bas. Être en empathie. Ne pas être naïve. Être gaie. Être fraternelle. Espérer l’utopie. Ne pas en être prisonnière. Faire le tour de sa prison. Dire l’art est mort. Dire il est ressuscité. S’égayer des longues listes.

Rajuster, sans cesse, la position d’un corps tout tordu d’une qui se meut sans cesse.

L’art de la métamorphose

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"Qualifier d’«art» toute pratique d’image, aussi brillante soit-elle, revient à banaliser l’art, à le dissoudre dans la masse indifférenciée des pratiques sociales et culturelles. Or, l’art se distingue des autres pratiques d’images par sa capacité à capter des forces du monde, à résonner avec lui, comme un sismographe. Au-delà de la représentation, de l’information, et du simple regard porté sur les événements, l’art rend sensibles certaines des forces invisibles mais actives du monde." André Rouillé - Paris-Art.

Je suis abonnée à la liste de diffusion de paris-Art et je reçois hebdomadairement, l’éditorial d’André Rouillé… Et je suis presque toujours d’accord avec lui ! Je vous invite à lire l’éditorial de cette semaine qui pose la question de la photographie de guerre, perçue comme œuvre d’art, parce qu’œuvre d’image et qui problématise le positionnement de l’art après Duchamp et ses ready-made. La réponse apportée par André Rouillé me convient et me questionne en même temps.

D’abord, je ne suis pas sure qu’un photographe ne “capte pas les forces du mondes”, au contraire, je crois qu’il est à même de les capter, au même titre que n’importe quel être interrogeant le réel. Le photographe est un sismographe. Mais, et c’est là que la phrase de Rouillé résonne profondément, le photographe n’est artiste que s’il s’avère capable d’être un sismographe extra-lucide. Un sismographe qui mesure, qui analyse et qui transforme. L’artiste est facteur de métamorphose, ce que n’est pas un reporter ou alors, c’est un imposteur.

Métamorphose, imposture, simulation sont des mots qui me fascinent. J’ai longtemps voulu traiter de la question. Comme je manquais d’expérience, je voulais à toute force parler du masque. Un de mes projets s’est englué dans ce concept, sans pouvoir en émerger. Il y est encore aujourd’hui et en sort à peine le nez. Ensilence n’a pas vu le jour, parce que ce projet ambitieux voulait coller à l’idée de la métamorphose. Je n’avais pas compris qu'il était ma métamorphose et qu’il servait d’appui à mon évolution. Ainsi, n’était-il pas une fin en soi, mais un moyen, un canal, un laboratoire… Ayant compris cela, je pense pouvoir enfin faire naître ce site-éprouvette… à suivre...

Liens de réel, liens de virtuel…

Le Dit du Senti est un travail sur la pression sociale. Territoire Hospitalier un travail sur le moyen d’y échapper en se réfugiant dans des bulles imaginaires d’utopies personnelles. Terre-peaux est un travail sur une lecture double de l’être et de son environnement, et les liaisons inconscientes, les rapports, les analogies qu’on peut établir entre eux. L’ensemble de ces travaux se concentrent sur le réel, s’accroche au réel et traite du rapport entre l’individu (en général, une femme), son entourage, et son environnement. Mais j’ai le souci de réfléchir sur la relation entretenue par ce même individu avec le réseau. C’est aussi une affaire de LIEN. Mais un lien différent, basé sur de nouveaux codes, avec d’autres règles… Par exemple la question de l’absence/présence n’est pas réglée comme dans la vie dite “réelle”… D’une manière générale, un certain nombre de point de friction dans la vie réelle sont évacués dans le réseau. Mais d’autres apparaissent. la question de la mémoire y est notamment gerée différemment…

Un point est constant cependant : la misogynie. Elle est pareillement subie dans la vie réelle et dans la vie du réseau, à tel point que sur certains forums il m’arrive d’user d’un pseudonyme manifestement masculin pour ne pas voir évacués, sans égard, mes posts ! Enfin je m’égare… Je voulais surtout parler de cette question du lien social à travers le réseau…

Mais en fait, je vois bien que cette notion de misogynie, que, dans un premier temps, je trouvais anecdotique, ne l’est profondément pas. Puisque je travaille sur le féminin, si je veux aborder la notion de réseau, il est certes très cohérent de l’aborder selon l’angle féminin. Il existe un réseau en direction des femmes, à elles adressées et où l’on tente comme dans la vie réelle de les garder concentrées. Dés qu’une femme tente de sortir des sentiers battus, gare à elle. On la renvoie dans ses octets vite fait bien fait.

Toutes ces idées restent cohérentes par rapport au reste et surtout par rapport à Inquiet Vertige et Pandore dont l’objet premier était d’affirmer que "l'oeuvre d'art est une inquiétude exposée". Il s’agit bien d’une inquiétude, la mienne… En tant que femme, en tant qu’artiste, en tant qu’individu intrinsèquement liée à mon environnement, et interagissant avec lui, usant à la fois d’outils traditionnels et d’outils technologiquement élaborés, je me suis très attirée par la mise en forme de ces concepts…

Ainsi et ce pour la première fois sur ce blog, je crois avoir été capable d’écrire très clairement les orientations de mon travail, qui ont toujours eu tendance à partir dans tous les sens, dans une énergie débordante et difficile à canaliser. En l’écrivant, je construis les choses plus solidement qu’en me contentant d’en parler. Je suis obligée, pour me faire comprendre de structurer et de hiérarchiser les idées… Les choses avancent et pas seulement sur le papier ; j’ai, en ce moment, quatre projets passionnants sur le feu, qui avancent de manière régulière. Se succèdent prises de vue, montage, sonorisation, programmation, dessins… J’avance sur tous les fronts, un peu lentement, car le nombre de projets les rend concurrentiels, mais j’avance. J’avance aussi au niveau des idées, puisque je parviens à structurer les présupposés d’une manière cohérente et solide. Enfin, je suis contente. Mais je suis inquiète, car si pour moi la production est toujours l’occasion d’un bonheur, la post-production, les démarches de recherches de lieux d’exposition, sont l’occasion de crises de timidité redoutables… Le simple fait d’écrire un courrier vers une institution est l’occasion de scènes déchirantes (évidemment j’exagère, mais si vous étiez avec moi, à la poste, quand je dois poster un dossier, vous ririez moins : et que j’ouvre l’enveloppe 10 fois, et que je vérifie et revérifie sans cesse qu’il ne manque rien et enfin, tandis que je suis main tremblante, la lettre reste sur le bord de la boite, puis tombe, tombe, tombe…). Enfin, je vous tiendrai au courant de la suite….